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Économie

Impôts au Togo : pourquoi il sera de plus en plus difficile d’y échapper

Paiement par téléphone, objectif de recettes doublées d'ici 2031, exonérations sous surveillance : l'État togolais se donne les moyens de mieux savoir qui doit quoi. Pour les entreprises en règle, c'est plutôt une bonne nouvelle. Pour les autres, la marge de manœuvre se réduit.

La Rédaction · Mis à jour le 8 octobre 2026 · 4 min de lecture
Impôts au Togo : pourquoi il sera de plus en plus difficile d’y échapper

L’essentiel en 3 points

  1. L'État veut faire passer ses recettes fiscales de 1 043,7 milliards de FCFA en 2026 à 2 109 milliards en 2031, sans augmenter les taux.
  2. Pour y arriver, il mise sur ceux qui paient peu ou pas du tout, notamment dans l'informel, et sur la révision de certaines exonérations.
  3. Le numérique change la donne : depuis septembre, la TPU se déclare et se paie en ligne, et chaque opération laisse une trace..

Raison n°1 : l’État a besoin de beaucoup plus d’argent

Le chiffre donne le vertige. Selon le ministère des Finances, les recettes fiscales doivent passer de 1 043,7 milliards de FCFA en 2026 à 2 109 milliards en 2031. Pour y parvenir, il faudrait les faire progresser d’environ 15 % chaque année, cinq ans de suite.

Ce cap est fixé par la nouvelle Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme 2027-2031. Mais le gouvernement l’assure : il ne s’agit pas d’augmenter les taux. Son mot d’ordre est de « mieux mobiliser », pas de surtaxer.

Si les taux ne bougent pas, l’argent devra venir d’ailleurs. Et c’est là que tout se joue : l’État veut élargir ce que les spécialistes appellent l’assiette fiscale, c’est-à-dire l’ensemble des activités et des revenus soumis à l’impôt. En clair, faire contribuer ceux qui passent aujourd’hui entre les mailles du filet.

Raison n°2 : trop peu de monde paie aujourd’hui

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Le Budget citoyen 2026 prévoit une pression fiscale de 14,4 %, après 14,7 % estimés en 2025. Concrètement, sur 100 FCFA de richesse produite dans le pays, environ 14 reviennent à l’État sous forme d’impôts. Les pays de l’UEMOA visent au moins 20 %.

L’écart ne s’explique pas par des impôts trop bas, mais par un nombre trop faible de contribuables. L’effort repose largement sur un petit groupe d’entreprises formelles, souvent les mêmes. Pour atteindre ses objectifs, l’État n’a pas vraiment le choix : il doit aller chercher ceux qui ne paient pas, ou pas assez.

Raison n°3 : le numérique laisse des traces

C’est le changement le plus concret. Depuis le 17 septembre, l’Office togolais des recettes (OTR) propose e-TPU, une plateforme qui permet aux petites entreprises de déclarer et de payer leur Taxe professionnelle unique à toute heure, y compris depuis un téléphone. La TPU est l’impôt simplifié des petites structures, un paiement unique qui remplace plusieurs taxes.

Prenons Afi, qui tient une boutique de cosmétiques à Bè. Payer sa TPU l’obligeait jusqu’ici à fermer une demi-journée pour faire la queue au guichet. Elle peut désormais le faire le soir, chez elle, en quelques minutes.

Mais chaque déclaration en ligne alimente aussi les fichiers de l’administration. Plus les démarches se digitalisent, plus l’OTR dispose d’informations pour repérer les incohérences, suivre les activités et relancer ceux qui manquent à l’appel. Ce qui se réglait autrefois au guichet, parfois de façon approximative, devient enregistré, daté et vérifiable.

Raison n°4 : les exonérations sont dans le viseur

La stratégie 2027-2031 prévoit aussi de rationaliser les dépenses fiscales, c’est-à-dire les exonérations et réductions d’impôt accordées à certains secteurs. On parle de « dépense » parce que c’est de l’argent auquel l’État renonce volontairement.

Certaines entreprises qui ne payaient pas, ou peu, grâce à un régime particulier pourraient donc voir leur situation changer. La liste précise des exonérations concernées n’est pas encore connue. Les secteurs qui en bénéficient ont tout intérêt à anticiper.

La contrepartie : des moyens de se défendre

Plus de contrôle ne signifie pas forcément plus d’arbitraire. Lors de la concertation État-secteur privé du 6 octobre, le patronat a salué la création de deux instances de recours : une Commission administrative de recours pour les litiges fiscaux et une Commission administrative de règlement des litiges douaniers.

C’est une demande ancienne des chefs d’entreprise. Une charge fiscale connue s’intègre dans un budget. Un redressement contesté sans possibilité de se défendre, beaucoup moins. Les autorités ont d’ailleurs placé la stabilité fiscale et la sécurité juridique au cœur des échanges.

Ce que ça change pour vous

Si votre entreprise est déjà en règle, la réforme devrait surtout vous faire gagner du temps : moins de déplacements, des démarches en ligne et, en principe, des règles plus stables.

Si une partie de votre activité échappe encore à l’impôt, le message est clair. L’administration aura de plus en plus d’outils pour s’en apercevoir, et le coût d’une régularisation tardive risque d’être plus élevé que celui d’une mise en conformité anticipée.

Sources

Ministère des Finances et du Budget : concertation État-secteur privé du 6 octobre 2026.
Ministère des Finances et du Budget : lancement de la plateforme e-TPU, 17 septembre 2026.
Budget citoyen 2026 : indicateurs macroéconomiques et pression fiscale.

Pourquoi c’est important

Pendant longtemps, une partie de l'économie togolaise a pu fonctionner en marge du système fiscal, faute pour l'administration d'avoir les moyens de la suivre. Cette époque touche à sa fin. La nouvelle stratégie fiscale 2027-2031 et la digitalisation des démarches donnent à l'État des outils qu'il n'avait pas. Pour un chef d'entreprise, la question n'est plus seulement combien il paie, mais ce que l'administration sait déjà de son activité.

« Le Togo ne manque pas de taux d'imposition. Il manque de contribuables. »

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