Un nouveau cadre pour attirer les capitaux privés
Au Togo, l’électricité est devenue un enjeu central pour la compétitivité des entreprises, l’industrialisation et le développement économique. Face à l’augmentation des besoins énergétiques, le gouvernement souhaite faire évoluer les règles qui encadrent le secteur.
Réuni le 6 octobre 2026 à Lomé, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi destiné à moderniser le marché de l’électricité et à renforcer sa viabilité économique et financière.
Le texte introduit plusieurs évolutions : reconnaissance du stockage de l’électricité, création d’un statut de client éligible, accès des tiers aux réseaux et renforcement du rôle des producteurs indépendants.
Il prévoit également de favoriser l’autoproduction, l’autoconsommation et l’injection des surplus d’électricité renouvelable dans le réseau. Le déploiement de compteurs intelligents et la cybersécurité des infrastructures figurent aussi parmi les orientations retenues.
Concrètement, ces dispositions pourraient élargir les possibilités d’investissement dans la production et les services énergétiques. Les modalités économiques et techniques de cette ouverture devront toutefois être précisées.
Les zones industrielles parmi les principales bénéficiaires potentielles
L’une des évolutions les plus significatives concerne les zones économiques spéciales.
Le projet de loi prévoit la possibilité de diversifier leur approvisionnement électrique, notamment grâce à l’autoproduction ou à des contrats conclus directement avec des producteurs nationaux et régionaux.
Pour les entreprises industrielles, l’enjeu dépasse la simple disponibilité de l’électricité. La fiabilité de l’approvisionnement et la prévisibilité des coûts constituent des paramètres déterminants dans les décisions d’investissement.
Une industrie qui bénéficie d’une alimentation électrique plus stable peut mieux organiser sa production, limiter certaines interruptions et sécuriser ses engagements commerciaux.
À terme, un cadre permettant de négocier directement certains contrats d’approvisionnement pourrait devenir un argument supplémentaire pour attirer des activités industrielles au Togo.
Il reste néanmoins à connaître les conditions d’éligibilité, les tarifs d’utilisation des réseaux et les mécanismes de régulation qui accompagneront le dispositif.
Une consommation électrique appelée à augmenter de 32 % d’ici 2030
Cette réforme intervient alors que les besoins en électricité du pays continuent de progresser.
Selon les projections de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET), la consommation nationale passerait de 2 085 GWh en 2024 à 2 753 GWh en 2030.
Au premier trimestre 2026, la pointe de consommation atteignait déjà 360 MW. Cette évolution implique d’importants investissements pour accroître les capacités de production, renforcer les réseaux et sécuriser l’approvisionnement.
En parallèle, le pays explore plusieurs projets énergétiques, dont une centrale thermique bifuel de 120 MW avec l’appui de la Banque mondiale.
Les énergies renouvelables représentent également une composante croissante du système électrique. En 2024, elles comptaient pour 41,24 % de la capacité installée totale, évaluée à 327 MW.
Une ouverture prometteuse, mais plusieurs questions restent en suspens
Au-delà de l’annonce gouvernementale, la portée économique de la réforme dépendra de sa mise en œuvre.
L’ouverture à de nouveaux producteurs peut favoriser la concurrence sur certains segments du marché et accélérer les investissements. Mais elle ne garantit pas, à elle seule, une électricité moins chère.
Plusieurs paramètres seront déterminants : les conditions d’accès aux réseaux, les règles de fixation des prix, les garanties contractuelles offertes aux investisseurs et la capacité des infrastructures existantes à accueillir de nouvelles productions.
La réforme soulève également la question du partage des responsabilités entre les nouveaux opérateurs, les gestionnaires de réseaux et les autorités de régulation.
Enfin, l’autoproduction solaire et le stockage pourraient constituer des opportunités pour les grandes entreprises, mais leur rentabilité dépendra notamment des coûts d’équipement, des modalités d’injection des excédents et des règles techniques applicables.
Le principal enjeu sera donc de transformer une ouverture juridique en investissements effectifs, en capacités électriques supplémentaires et en amélioration mesurable du service.
Une réforme qui doit encore franchir une étape législative
À ce stade, le texte a été adopté par le Conseil des ministres sous la forme d’un projet de loi. Il ne doit donc pas être considéré comme une réforme intégralement entrée en vigueur.
Son adoption législative et les éventuels textes d’application permettront de préciser les droits et obligations des différents acteurs.
Pour les entreprises comme pour les investisseurs, les prochaines décisions seront décisives pour apprécier la portée réelle de cette transformation.
L’ambition gouvernementale est d’accompagner l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030. Mais la réussite économique de cette évolution se mesurera surtout à sa capacité à répondre à une demande croissante, à soutenir l’industrialisation et à améliorer durablement la qualité de l’approvisionnement électrique.
Sources
- Présidence du Conseil du Togo — Les grandes décisions du Conseil des ministres du 6 octobre 2026 — Source officielle, publiée le 6 octobre 2026.
- Portail officiel de la République togolaise — Conseil des ministres du 6 octobre 2026 — Publié le 7 octobre 2026.
- Togo First — Le gouvernement veut davantage ouvrir le secteur électrique aux investissements privés — Publié le 8 octobre 2026, données CEET et contexte économique.





