Le Togo veut renforcer sa capacité de production d’électricité. Le ministère chargé de l’Énergie prépare un projet de centrale solaire photovoltaïque à Nangbéto, à environ 200 kilomètres de Lomé, sur un terrain de 203 hectares.
L’installation envisagée afficherait une puissance comprise entre 70 et 110 mégawatts-crête (MWc). Elle constituerait la première phase d’un programme national de 400 MWc, développé dans le cadre du Pacte national pour l’énergie, avec l’accompagnement technique de l’organisation RELP.
Une consultation des acteurs du secteur est prévue le 19 octobre 2026 à Lomé, afin de recueillir leurs observations sur les conditions de réalisation du projet.
Mais concrètement, que représentent 110 MWc ? Combien de ménages pourraient bénéficier de cette électricité ? Et surtout, cette centrale pourrait-elle contribuer à réduire les coûts énergétiques au Togo ?
110 MWc, cela représente quoi exactement ?
Pour comprendre l’importance du projet, il faut d’abord expliquer ce que signifie cette unité de mesure.
Le mégawatt-crête (MWc) mesure la puissance maximale théorique d’une installation solaire, dans des conditions standardisées d’ensoleillement.
Un mégawatt correspond à un million de watts. Une centrale de 110 MWc dispose donc d’une capacité solaire nominale de 110 millions de watts.
Pour rendre ce chiffre plus concret, imaginons que la centrale fonctionne à sa puissance maximale.
Elle pourrait théoriquement fournir, au même instant, suffisamment d’électricité pour faire fonctionner :
- 11 millions d’ampoules LED de 10 watts ;
- 110 000 climatiseurs consommant chacun 1 000 watts ;
- 550 000 réfrigérateurs consommant chacun 200 watts ;
- 110 000 foyers utilisant simultanément 1 000 watts chacun.
Ces comparaisons permettent de visualiser la puissance de l’installation. Elles restent toutefois théoriques et supposent l’absence de pertes électriques.
Surtout, 110 MWc ne signifient pas que la centrale produira cette puissance en permanence. Contrairement à une installation thermique qui peut fonctionner de jour comme de nuit avec suffisamment de combustible, la production solaire dépend de l’ensoleillement.
La nuit, les panneaux photovoltaïques ne produisent pratiquement plus d’électricité. Le réseau doit alors s’appuyer sur d’autres sources de production ou sur des systèmes de stockage.
Combien de foyers togolais pourraient bénéficier de cette électricité ?
C’est probablement la question la plus parlante pour mesurer l’importance du projet.
Prenons l’hypothèse d’une centrale de 110 MWc fonctionnant avec un facteur de charge annuel compris entre 18 % et 22 %. Ce facteur correspond, de manière simplifiée, à la part de l’énergie réellement produite sur une année par rapport à une installation qui fonctionnerait constamment à pleine puissance.
Dans ce scénario, la centrale pourrait produire environ 173 à 212 millions de kilowattheures (kWh) par an.
Imaginons maintenant un ménage consommant 100 kWh d’électricité par mois, soit 1 200 kWh par an.
La production annuelle estimée de Nangbéto représenterait alors l’équivalent de la consommation de 144 000 à 177 000 ménages.
Autrement dit, avec l’hypothèse haute de 110 MWc, le projet pourrait produire sur une année une quantité d’électricité comparable à celle consommée par plus de 140 000 foyers relativement économes.
Il faut cependant apporter trois précisions importantes.
D’abord, les 100 kWh mensuels retenus constituent une hypothèse illustrative et non une moyenne officielle de consommation des ménages togolais.
Ensuite, ce calcul ne tient pas compte des pertes qui interviennent lors du transport et de la distribution de l’électricité.
Enfin, il ne signifie pas que ces ménages seraient directement alimentés 24 heures sur 24 par la centrale. Il s’agit d’une équivalence de consommation annuelle, pas d’une estimation du nombre de foyers effectivement raccordés.
La capacité définitive n’étant pas encore arrêtée, une centrale limitée à 70 MWc produirait également moins d’électricité qu’une installation de 110 MWc, toutes choses égales par ailleurs.
Ces estimations permettent néanmoins de comprendre qu’il ne s’agit pas d’une petite installation solaire, mais d’une infrastructure susceptible de contribuer significativement à la production nationale.
Pourquoi avoir choisi Nangbéto ?
Le choix du site présente un intérêt particulier.
Nangbéto abrite déjà un barrage hydroélectrique exploité par la Communauté électrique du Bénin (CEB). La nouvelle centrale solaire viendrait donc s’installer dans une zone possédant déjà une activité de production électrique.
Cette proximité pourrait présenter des avantages pour le raccordement et l’exploitation des installations, sous réserve des études techniques et de la disponibilité des infrastructures.
Elle soulève aussi la question de la complémentarité entre deux sources d’énergie renouvelable.
Les panneaux solaires produisent principalement pendant la journée. Les installations hydroélectriques peuvent, selon les contraintes d’exploitation et les disponibilités en eau, apporter une certaine souplesse au système électrique.
À terme, une coordination entre ces différentes sources pourrait faciliter la gestion de la production.
Toutefois, aucune annonce officielle ne confirme, à ce stade, que le projet sera exploité comme une centrale hybride intégrée. La simple proximité du barrage et des panneaux solaires ne garantit pas à elle seule une alimentation continue.
Une nouvelle centrale signifie-t-elle une baisse des factures d’électricité ?
Pas nécessairement.
C’est l’un des principaux enjeux économiques du projet.
Une centrale solaire ne consomme pas de carburant pour produire son électricité. Une fois construite, elle peut donc bénéficier de coûts d’exploitation relativement maîtrisés.
Mais avant de produire le premier kilowattheure, il faut financer les panneaux photovoltaïques, les équipements électriques, les travaux de construction, les dispositifs de sécurité et le raccordement au réseau.
Il faut également entretenir les installations et rembourser les financements mobilisés.
Le prix final de l’électricité dépendra donc de plusieurs facteurs : le coût total du projet, les conditions de financement, la production réelle et les engagements contractuels conclus avec l’acheteur de l’énergie.
Le contrat d’achat d’électricité, généralement appelé Power Purchase Agreement (PPA), sera particulièrement important.
Il permettra notamment de définir à quelles conditions l’électricité produite sera vendue et qui supportera certains risques financiers.
À ce stade, ni le montant total de l’investissement ni le tarif de vente de l’électricité de la future centrale n’ont été officiellement communiqués.
Il serait donc prématuré d’annoncer une baisse des factures de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET).
En revanche, si le projet permet de produire une électricité compétitive et de réduire certains coûts d’approvisionnement, il pourrait contribuer à améliorer l’équilibre économique du secteur énergétique.
Pour les entreprises, la question est essentielle. Dans l’industrie, le commerce ou les services, le prix et la fiabilité de l’électricité influencent directement les coûts d’exploitation, la productivité et les décisions d’investissement.
Quelles opportunités pour les entreprises togolaises ?
La construction d’une centrale de cette taille ne concerne pas uniquement les producteurs d’électricité.
Elle pourrait mobiliser plusieurs secteurs de l’économie : travaux publics, transport de matériaux, génie civil, installations électriques, logistique, sécurité, maintenance industrielle et services techniques.
Les entreprises locales pourraient notamment intervenir dans la préparation du terrain, certains travaux de construction, l’aménagement des accès et les prestations de soutien au chantier.
L’exploitation de la centrale nécessiterait également des compétences dans la maintenance des équipements photovoltaïques, la surveillance technique et la gestion des installations.
Mais ces perspectives ne constituent pas encore des marchés attribués.
Le niveau de participation des entreprises togolaises dépendra du modèle de réalisation choisi, des critères de sélection des prestataires et des éventuelles dispositions relatives au contenu local.
Le projet pose donc une question importante : quelle part de la valeur économique créée par la construction et l’exploitation de Nangbéto restera au Togo ?
Les futurs documents d’appel d’offres devront permettre de mieux apprécier les perspectives réelles pour les entreprises nationales.
Le défi du stockage et de la disponibilité de l’électricité
La multiplication des installations solaires représente aussi un défi technique.
En journée, lorsque l’ensoleillement est favorable, une centrale photovoltaïque peut produire beaucoup d’électricité. Mais sa production diminue en fin d’après-midi et s’arrête pratiquement la nuit.
Or, les besoins des ménages et des entreprises ne disparaissent pas au coucher du soleil.
Pour maintenir une alimentation stable, le système électrique doit donc disposer d’autres moyens de production, d’une gestion adaptée du réseau et, éventuellement, de dispositifs de stockage.
Les batteries peuvent permettre de conserver une partie de l’électricité produite durant la journée pour la restituer ultérieurement. Mais elles représentent elles aussi un investissement supplémentaire.
L’organisation RELP, qui accompagne le Togo dans la préparation de son programme solaire, intervient également sur des questions de développement et de financement du stockage énergétique.
Aucun système de batteries propre à Nangbéto n’a néanmoins été confirmé dans l’annonce du projet.
L’enjeu pour le Togo sera ainsi de développer non seulement de nouvelles capacités de production, mais aussi les infrastructures capables de valoriser efficacement cette énergie.
Le 19 octobre, une étape importante pour le financement du projet
Le ministère chargé de l’Énergie organise une séance d’ouverture de consultation le lundi 19 octobre 2026, de 15 heures à 17 heures, au Bio Hotel à Lomé. Les participants pourront également suivre la rencontre en ligne.
Les échanges porteront sur plusieurs documents déterminants : la convention de concession, le futur contrat d’achat d’électricité, le dossier d’appel d’offres et les exigences techniques.
Investisseurs, producteurs indépendants d’électricité, entreprises spécialisées et partenaires financiers sont invités à participer. Les inscriptions doivent être confirmées au plus tard le 15 octobre.
Cette consultation doit permettre de recueillir les observations des acteurs du marché avant la finalisation des documents nécessaires à la réalisation de la centrale.
Elle ne constitue donc pas encore le lancement des travaux.
Le calendrier de construction, le montant de l’investissement, le montage financier et la date prévisionnelle de mise en service restent à préciser.
Au-delà des mégawatts, un enjeu de compétitivité économique
La future centrale solaire de Nangbéto s’inscrit dans une ambition plus large : renforcer la production électrique du Togo et accompagner l’objectif d’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030.
À sa capacité maximale envisagée, elle pourrait produire sur une année l’équivalent de la consommation de plus de 140 000 ménages relativement économes, selon les hypothèses retenues.
C’est une perspective importante pour un pays où la disponibilité et le coût de l’énergie restent des enjeux majeurs pour les ménages et les entreprises.
Mais la réussite du projet ne se mesurera pas uniquement au nombre de panneaux installés ni à la puissance affichée.
Elle dépendra aussi du coût de l’investissement, des conditions de vente de l’électricité, de la capacité du réseau à absorber la production et des retombées économiques pour les entreprises nationales.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir combien d’électricité Nangbéto pourra produire, mais combien cette électricité coûtera et dans quelle mesure elle profitera à l’économie togolaise.





